Analyse
Il faut se souvenir que cet ancien palais épiscopal des évêques de Cornouaille nous offre une page d'histoire particulièrement riche à travers des documents qui remontent au XIIe siècle et attestent très tôt de l'installation des évêques sur les rives de l'Odet.
Patrimoine exemplaire par la pureté de sa conception, il reçut dès le XVe siècle sous Monseigneur de Rosmadec, la construction d'un château flanqué de quatre tourelles, dont il subsiste encore quelque pans de murs.
Lanniron fut un lieu d'exil pour ce Père jésuite, l'abbé Caussin, confesseur de Louis XIII, à qui il fut imposé un temps de solitude et d'éloignement en Basse Bretagne. La fable de La Fontaine, " Le charretier embourbé " en témoigne : " On sait assez que le destin adresse là les gens quand il veut qu'on enrage, Dieu nous préserve du voyage ! "
C'est un peu plus tard que seront dessinés les fameux jardins en terrasses, par la volonté de Monseigneur François de Coëtlogon
, le célèbre évêque jardinier. Parent du très célèbre vice amiral et maréchal de France Alain Emmanuel de Coëtlogon qui participa à presque tous les engagements maritimes du règne de Louis XIV. On comprend que cette famille eut ses " entrées " à Versailles et qu'une passion pour les jardins y trouva naissance.
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| Monseigneur François de Coëtlogon |
Les travaux d'aménagement des jardins de Lanniron sont contemporains de ceux de Versailles.
Les travaux :
Ils sont engagés dans la chronologie qui figure dans les pages qui suivent Ils résistent à toute volonté de transformation ou d'improvisation.
Bien sûr, les années écoulées ont marqué de leur empreinte ce site si particulier. Au début du XIXe s., un gentilhomme Anglais transforme le château en palais
Palladien. Plus tard, vers la fin du XIXe s. les ancêtres des actuels propriétaires ont engagé d'autres grands travaux et planté ces grands arbres, toutes ces plantes rares qui participent activement, mais autrement, à la beauté comme à l'intérêt botanique du domaine.
Cette compilation d'évènements heureux, en leur manière, façonnent l'œuvre elle-même, la font évoluer sans pour autant lui porter atteinte ou la réduire.
A l'issue des travaux, quand les restaurations seront achevées, les jardins classiques du XVIIe s. vont réapparaître peu à peu comme trame première et principale de l'ensemble.
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| Vue aérienne actuelle à comparer avec l'état ancien au XVIIème siècle |
Les phases 1, 2 et 3 de ces premières années de travaux ont restructuré l'ensemble des jardins qui, sans les murs - véritables ouvrages d'art - ne seraient plus rien. Ces très importants travaux ont été menés dans la pure tradition :
Par usage du sable et de la chaux, par le travail de la pierre, par l'étanchéité de certains ouvrages assurée avec de l'argile. Les compagnons sont des spécialistes du travail de la pierre.
Avec fidélité : dans l'interprétation des mesures, des rapports de surfaces, des volumes et des hauteurs. Les décisions prises sont collégiales. Les options sont toujours décidées avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, en l'occurrence, Monsieur Pierre Alexandre.
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| Vue sur le bassin de Neptune restauré |
Scientifiquement : les fouilles archéologiques menées par l'archéologue du Centre de Recherche archéologique du Finistère, ont permis de connaître avec une exacte précision l'emplacement et les mesures des bassins, puis de les comparer avec les éléments d'archives.
Initialement deux phases finales 4 et 5 étaient prévues. Pour une meilleure organisation du travail et une répartition financière équilibrée, il nous semble plus judicieux d'envisager 3 tranches finales : 4, 5 et 6.
Celles-ci vont s'inscrire dans le véritable projet du jardin, dans sa reconquête et sa réalisation finale . Les travaux à venir sont principalement la construction des bassins, l'hydraulique avec les jeux d'eau, les allées, les plantations : toute la poésie du " visible " qui concoure à la beauté, la plus belle image que conserveront les visiteurs qui viendront découvrir ces jardins de pure tradition XVIIe s. en Bretagne.
L'enjeu est fort et si les jardins sont un théâtre, c'est bientôt la pièce principale qui va être jouée.
Jacques de Gésincourt, maître d'oeuvre