L'histoire des jardins de Lanniron
par Jacques de Gésincourt , maître d'oeuvre
Monseigneur du Louët (1640 - 1668) semble être le premier à voir en Lanniron une résidence d'été pleine d'agréments. Ainsi il agrandit les terres de Lanniron en achetant des petits jardins proches du château.
Monseigneur de Coëtlogon a été évêque de Quimper, de 1668 à 1706, comte de Cornouaille et seigneur de Lanniron. François de Coëtlogon, noble prélat aimable et doux était un " prédicateur habile. Libéral et magnifique , il hantait volontiers la cour et les beaux esprits parisiens ". C'est dit-on en l'écoutant raconter l'aventure fâcheuse de son carrosse enlisé jusqu'au moyeu dans une fondrière, aux abords de sa ville épiscopale que La Fontaine localisa sa fable du charretier embourbé.
" ......C'était à la campagne,
Près d'un certain canton de la Basse Bretagne
Appelé Quimper-Corentin.
On sait assez que le destin
Adresse là les gens quand il veut qu'on enrage
Dieu nous préserve du voyage ! ...... "
Rappelons que Quimper était une ville d'exil bien loin de la capitale, dans un contexte linguistique particulier !.
Monseigneur de Coëtlogon
, grand amateur de jardins et aimant les fleurs, fut le premier à songer à se procurer un jardin tracé suivant les meilleurs règles de son temps " un vaste jardin oú tout fût prévu pour la commodité de la méditation solitaire et pour l'agrément de la conversation mondaine. Mais aussi pour le plaisir des yeux... "
Il acheta entre 1672 et 1686 des terres, dont le village, proche, de Kerbaby.
Dans un mémoire de Monseigneur l'évêque de Cuillé établi lors de transactions avec les héritiers des deux précédents évêques, nous lisons:
" A l'égard des augmentations et améliorations qu'on prétend que Monseigneur de Coëtlogon a fait à Lanniron, elles ne consistent que dans la démolition de plusieurs maisons et de plusieurs murs qu'il a détruit pour y faire des champs et des fossés, elles consistent encore dans l'étendue qu'il a donné au jardin et quelques plantations qu'il a fait : ce qui à vrai dire ne peut être considéré comme une augmentation mais comme des embellissements qu'il a voulu faire... "
Ces remarques sous-estiment l'importance de l'œuvre accomplie sans doute pour argumenter face aux héritiers.
Nous lisons au contraire dans une curieuse plaquette de vers, offerte à l'évêque vers 1680 par un médecin-poète chantre des jardins, Nicolas de BONNECAMP , une description " d'un lieu délicieux qui n'a de beautés ny de charmes, que ceux qu'il a receu de vous..."
Poème de 338 vers, plus précis sur LANNIRON.
Une autre plaquette comprend un poème latin " DESCRIPTIO LANIRONIS " signé P.S.J. et traduit en Français, ainsi que le même poème de BONNECAMP " LES JARDINS DE LANIRON EN VERS FRANCOIS " de 432 vers, plus complet celui-là. Ce document est probablement le seul existant de la première édition (Non datée).
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| L'édition ancienne |
Nicolas de Bonnecamp , même s'il est poète mineur n'en est pas moins un poète authentique comme les écrivains de Louis XIII. Il a également le mérite de nous faire connaître les jardins qui, en ce temps, furent les plus beaux de Cornouaille.
A travers ses alexandrins, parcourons ces merveilleux jardins du XVIIe s.
" Que Lanniron me plaît... "
Nous entrons par une grande allée d'ormeaux
dont les côtés parfaitement aplanis sont engazonnés, pour arriver au palais.
Du perron de ce château nous voyons un jardin émaillé des plus vives couleurs.
Au bout d'une longue allée un long canal d'eaux bordé d'arbres toujours verts.
Les murs des terrasses sont tapissés d'arbres fruitiers divers:
Pêche, abricot, prune, poire, brugnon, vigne ...
Les terrasses sont décorées par vingt carrés symétriques bordés de myrtes et de buis.
Sur la deuxième terrasse, à chaque extrémité, des tonnelles ainsi que deux carrés oú sont cultivés
dans l'un les melons, dans l'autre une vigne, ces sources de muscat, exprès par rareté, venus de la Ciotat.
Les autres enclos sont ornés d'une multitude de fleurs variées.
La troisième terrasse est le domaine des légumes nécessaires à la consommation.
" Ainsi dans ces jardins, l'utile à l'agréable se
joint, pour plaire aux yeux, et servir à la table. "
Puis nous arrivons au bord de la mer, sur une avancée en forme de redoute ou de fer à cheval
oú se trouve un bassin " source d'eau douce au milieu de la mer " , un dauphin en son centre.
" Déjà pour les 9 sœurs un d'eux fait un Parnasse oú conduit de plain pied la première terrasse "
Ne s'agit-il pas de l'orangerie en cours de construction?
Nous quittons l'enclos des murs et nous trouvons à
l'occident un bois de myrtes , cyprès, buis, houx, lauriers, allant jusqu'à la mer.
Nous pouvons penser que ce jardin n'était pas encore achevé à l'époque de la visite du poète vers 1680.
Un autre poème, sur la même plaquette, sans doute écrit quelques années plus tard ( Vers 1690 ?) parle en plus des beaux orangers et des jets d'eaux .
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| L'orangerie aujourd'hui |
L'orangerie existe donc ainsi que les autres bassins dont nous allons reparler.
Un grand portrait hélas disparu, existait dans la salle synodale de l'évêché incendié en 1939.
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| Portrait de Monseigneur de Coëtlogon avec en arrière-plan les jardins de Lanniron, peint par Lhermitais |
Il représentait Monseigneur de Coëtlogon devant ses jardins et son palais de Lanniron, peint par l'Hermitais vers 1750 à la demande de Monseigneur de Farcy. Le peintre était Vannetais.
Louis Le Guennec en reproduisit une gravure dans le bulletin de la société archéologique du Finistère en 1921.
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| Gravure des jardins de Lanniron réalisée par L. Le Guennec en 1921 d'après le tableau peint par Lhermitais |
Lanniron et
André Le Nôtre
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Nous ne saurions assurer ,comme le fait Cambry en 1795 que les dessins du jardin étaient du fameux Le Nôtre.
Le poète enthousiaste n'aurait sans doute pas manqué de mentionner une rencontre entre Monseigneur de Coëtlogon et le jardinier du Roi.
Quand bien même son tracé est fidèle à l'esprit de l'artiste...
Les trois derniers évêques de l'ancien Régime, Monseigneur de Ploeuc (1707-1739), Monseigneur de Farcy de Cuillé ( 1740 - 1772), Monseigneur Conen de Saint-Luc ( 1773 -1790 ) ont, semble-t-il assez bien maintenu l'état des jardins.
Dans les procès-verbaux (en 1739 et 1773) de prisées des réparations à faire au palais épiscopal de Quimper et à celui de Lanniron, faisant suite à la mort de Monseigneur de Ploeuc ainsi qu'à celle de Monseigneur de Farcy, nous trouvons d'autres nombreux détails sur les jardins.